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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/159

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DON JUAN.

Quoi ?… Qui est là ?… Qu’est-ce que c’est ?… J’ai eu peur… Quelle invisible main a poussé ce coffre quand j’allais le saisir… Folie !… Il m’appartient, après tout. (Il fouille fiévreusement dans la malle, ouverte en deux comme une grenade, et saisit avec horreur le sac de cuir.) Cette fois, c’est lui !

(Il l’apporte en tremblant et le dépose sur la table. On voit dans la nuit sa figure éclairée par les deux flambeaux.)


Scène XI


DON JUAN, seul.


DON JUAN.

Ces deux lumières funéraires… J’ai peur… Ma main est aussi lente que mon cœur…. Ah ! l’heure des chouettes… (Il essaie de déchirer le sac.) Et le glas de l’église Saint-Thomas. Quelque paroissien qui s’en va d’où le livre revient ! Manuel… pardonne la profanation !… Le livre d’amour, tu le gardais jalousement sur ta poitrine… J’ai brisé le serment. Oh ! quels miasmes de mort, tout à coup ! (Il détache les cordons, enlève les feuillets et rejette le sac pendant que les cloches sonnent le deuil…) Dépouillés de leur enveloppe, les mots vont revivre à l’aise… Ouf ! tout est intact… Non… non… l’écriture a un peu pâli… Et ça ?… Une piqûre… une longue piqûre a traversé le paquet comme une aiguille !… Un ver a fait son chemin… Voyons, du calme… Oublions d’où revient ce funèbre voyageur… Écoutons le récit qui ne me parlera que d’amour et de volupté… Et puis, que je me mette un peu le cœur à l’aise… Un verre