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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/143

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car ce rapt, tu m’en avais manifestement insinué l’idée.


DON JUAN.

Moi ?… Répète-le… répète-le… poussière que tu es !


ALONSO.

Parfaitement… dans toutes les lettres ! Et j’ai fait mieux que de prendre le sacrilège à mon compte… ingrat ! Bien qu’il parût intact, dans sa gaine de cuir, afin de t’épargner une vue qui pouvait te paraître pénible, j’ai eu… Dieu que je suis gentil !… la délicatesse de t’en faire faire une copie… Précisément, un mahométan kabbaliste vient d’inventer une espèce de machine bizarre où des leviers s’agitent et tapotent sur le papier les caractères d’imprimerie… C’est propre, net… ce n’est appelé, d’ailleurs, à aucun succès auprès du public… mais j’ai trouvé ce mode de copie plus impersonnel… Tu verras comme ton œuvre t’apparaîtra sous un jour nouveau… celui déjà de l’impression… Avoue que je suis d’une prévenance !


DON JUAN.

Tu n’as pas perdu l’original, au moins ? C’est que…


ALONSO.

Les deux manuscrits sont là dans la malle, l’un à droite, l’autre à gauche. Ah !… tu vas admirer cette calligraphie, mon cher !

(Il s’approche de la malle et l’ouvre pour y chercher le manuscrit copié.)

DON JUAN, (pendant ce temps, réfléchissant.)

Somme toute, tu as bien fait, excellent ami !…