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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/135

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DON JUAN.

Non, ne le dites pas…


INÈS.

Pourquoi ?


DON JUAN.

J’aime mieux bénéficier du doute… Asseyez-vous là et écoutez-moi… Vous êtes splendidement belle ainsi… Laissez-moi humer vos petites mains laiteuses. Je vous aime d’un amour dont vous ne pouvez mesurer l’étendue… Vous résumez pour moi, désormais, toute la femme, toutes les femmes… celles du passé… du présent… et de l’avenir… Mais il faut réaliser ! Pour un homme de mon âge, la pensée marche de front avec l’action. Je vous jure qu’il y a quelque chose de tragique dans le désir que j’ai de vous.


INÈS.

Un désir est-il jamais tragique ?


DON JUAN.

Vous ne pouvez deviner quelles sont les sources sombres de ce désir ! Seulement, il est impossible que la voix de l’homme qui vous parle avec cet accent ne touche pas votre petit cœur embusqué, malicieux et ravi…


INÈS.

Hé !… les trois qualificatifs ont leur grâce !… Décidément, vous méritez qu’on use complètement de franchise avec vous.


DON JUAN.

Quand une femme annonce sa franchise à la porte, c’est qu’on va entendre siffler quelques balles à ses oreilles !