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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/125

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DON JUAN.

Tu es belle, Pépilla… terriblement belle… le sais-tu ?… Jamais je n’ai vu des dents aussi blanches éclairer une peau de diablesse comme la tienne.


PÉPILLA.

Vous permettez ?… Mon service…

(Pendant que Pablo achève de ranger la table, Pépilla s’approche du puits et descend la cruche au bout d’une corde en chantonnant.)

DON JUAN.

Tu dois venir du désert africain pour savoir descendre la cruche au fond du puits avec une grâce aussi longue et aussi balancée… Tu me donneras l’étrenne de l’eau fraîche.


PÉPILLA.

Oui, donc !


DON JUAN.

Dire, Pépilla, que, dans les pays du Nord, on ne connaît pas ces maisons où il y a un puits intérieur… et qu’on ignore le charme des eaux captives… ces citernes profondes cachées dans l’ombre de la maison comme un cœur frais et mystérieux. Tes bras en plein été doivent être aussi frais que la cruche… Donne l’étrenne.

(Elle le fait boire à la régalade en chantant un air qui dit :)

Glou fait l’eau
Glou fait le baiser !
Glou, glou, glou, glou,
Descend jusqu’à la gorge,
Glou, glou, glou,
Descend jusqu’au cœur !

(Entre le patron de l’auberge conduisant une fille.)