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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/284

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ment auprès du public. Et pour ce qui est de l’objet final de ce petit ouvrage, de sa signification essentielle, nous ne la définirons pas, pour éviter, comme nous nous le sommes promis, la critique de nos propres œuvres et l’odieux des questions d’art. Cependant, afin de compléter l’indication, sans nous produire nous-même, qu’on nous permette de citer quelques phrases de la très belle étude que M. Jules Lemaître a consacrée à la Lépreuse, et qui, par impression, guidera au moins justement le lecteur vers ce que nous avons voulu faire.

« Les éternels sentiments d’une humanité tout élémentaire, éprouvés et exprimés un par un — un seul à la fois — car cette simplicité est le propre de la psychologie des primitifs ; et ce qui en distingue, par exemple, la psychologie racinienne, c’est que les personnages de Racine sont capables d’éprouver et de signifier, en nuances multiples, des sentiments simultanés et contraires : la grâce de détails très précis et réalistes piqués dans un tableau de rêve ; cette idée suggérée que l’amour des sens, c’est la haine, puisque, Aliette, ayant jusque-là aimé Ervoanik avec son âme, c’est l’amour des sens, réveillé par une image de trahison, qui lui a conseillé de faire boire à son fiancé la maladie et la mort ; des idées plus vagues encore ; toute la vie humaine entrevue comme un immense et inexplicable désastre ; la sagesse se résolvant dans un fatalisme instinctif qui est la philosophie par où commencent les simples et où aboutissent souvent les raffinés ; mais en même temps, l’impression que les douleurs de la vie, transitoires comme la vie même, finissent, quand elles sont passées, par ne paraître