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comme le développement de l’action, par quoi les remplacer ? La supposition n’est, après tout, qu’une faible image de l’évidence. Il faut donc, on l’a ressassé, que toute œuvre de théâtre valable se réduise en pages à peu de chose et tienne, pour ainsi dire, dans le creux de la main. L’auteur, ces considérations aidant, se refusait à la publication de drames dont le destin fut seulement de vulgariser quelques idées chères. Mais toute réserve de ce genre ne va-t-elle point sans quelque puérilité et n’est-ce pas reculer tout simplement jusqu’aux éditions posthumes, à moins de les vouer pour toujours à l’oubli, des œuvres qui n’eurent qu’un soir dans les théâtres éphémères, et que peu furent appelés à connaître ? Aussi bien est-on trahi de mille manières sur la scène, et ne l’est-on guère plus, tout compte fait, à la lecture. L’auteur se résigne comme tant d’autres et livre ici ces deux pièces comme elles furent écrites, sans y rien modifier, persuadé qu’on n’y voudra pas voir, selon son vœu, de littérature de qualité. Il laisse, bien entendu, telles incorrections ou telles formes de style qui lui plurent, il respecte intégralement jusqu’aux mots faux, dont la fausseté pourra s’accroître à la lecture, mais qu’il voulut tels, parce que dans la vie on dit peu de mots justes, et que les mots justes, c’est pour le livre. Il faut, au théâtre, tâcher d’écrire bien avec incorrection, — et s’ingénier à calculer simultanément l’effet scénique et l’effet écrit nous paraît un travail méprisable et d’ailleurs négatif quand il y a lieu de dire, comme ici, que le théâtre est l’action d’un poème.

Une coutume constante veut aussi, sans doute, à cause du langage direct nécessaire à la scène, qu’en