Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/273

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



GRAND’MÈRE.

Tu as soif ?… Tes lèvres ont l’air d’implorer une goutte d’eau, une goutte d’air.


DANIEL, (pendant que la grand’mère machinalement remue la tisane dans la tasse.)

Tourne la cuillère, grand’mère, tourne la cuillère… Mais, qui sait ? La petite pitié de ceux qui ont beaucoup souffert refleurit peut-être dans les choses qu’on aimait à voir… comme moi du haut de la terrasse… dans les branches de lilas que portent les passants à la main… dans la petite gaîté des écoliers des faubourgs… que j’entendais de là-haut, à quatre heures, derrière la grande cheminée de l’usine qui m’a fait si mal… si mal !… Oh ! mère, je ne verrai plus tout cela… Et la marchande de ballons rouges, dis, les ballons rouges du square…. Je les voyais passer tous les jours à la même heure… Un grand vent, venu de la mer, les agitait parfois confusément, tendus vers l’horizon… mais ils s’engouffraient tout tristes dans la rue… Tourne la cuillère, grand’mère, tourne la cuillère… tu reverras demain la petite vieille du square.

(Il approche la tasse de ses lèvres, mais retombe brusquement sur l’oreiller.)

GRAND’MÈRE.

Mon fils, mon fils, ne t’en va pas.