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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/252

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douleur est assez grande comme elle est… ne la compliquez pas… Ne pensez qu’à vous, qu’à la manière de dominer votre souffrance !


DANIEL.

Je sais bien, je sais bien… je ne peux pas souffrir comme les autres !… je ne peux même pas pleurer simplement comme tout le monde !… Et cependant, il y a quelque chose de plus vrai que mes paroles, et qui pleure profondément en moi, Marthe… et qui pleure, qui pleure !…


MARTHE, (l’enlaçant.)


Mon pauvre enfant, mon enfant à moi…


DANIEL, (la repoussant.)

Non, va-t’en !… retourne à la ville, retourne dans la foule, toi aussi, dans la foule dont tu es sortie… Tu avais l’odeur de tous les bas remparts de la ville, dans ton châle, quand tu venais frissonner le soir à nos baisers… Tu ne remonteras plus jamais là-haut sur la terrasse… Moi, j’y remonterai tous les soirs, seul, sans plus rien… Tu seras dans la ville, là-bas, qui ravitaille et qui crie… mais je te défends de remonter là-baut, tu m’entends ?…


MARTHE.

Écoute-moi, enfant ! Maintenant il faut que tu connaisses toute la vérité misérable…