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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/24

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profond de la ballade. De là sa désapprobation qui m’étonna, mais ne me détourna pas de mon projet. Ce qui m’attirait, c’était précisément l’obscurité indéchiffrable d’un texte pourtant authentique où faute de quelques vers ne se reliait pas l’acte d’amour à l’acte de haine. Une parenthèse s’ouvrait à mon esprit, j’essayai de la combler en y rêvant, et je voyais dans ces couplets transmis par les rapsodes à travers les âges un souffle barbare d’une grandeur tragique, et à mes yeux la rude stature de la femme primitive, tout bien et tout mal, maternelle et terrible à la fois, dressait son symbole. La terreur médiévale, inspirée sans doute par les Goules, énigme vivante qui portait en elle le viatique de l’amour et le fléau du mal, me semblait avoir inspiré ces chants qu’un enfant hystérique soupirait encore plusieurs siècles après, sur les lieux mêmes où ils avaient été conçus.

Dans les temps primitifs, ces éléments, l’amour et la haine dont la chanson nous transmettait les deux termes, sans nous en expliquer le lien, étaient, sans doute, si proches l’un de l’autre, si mêlés encore confusément dans l’âme humaine, qu’ils ne permettaient qu’une passion indivisible. Je résolus de développer le sens de la ballade sans en altérer la pureté. À force de rêveries, l’ouvrage se dégagea