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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/220

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là quand je devrais les tremper dans la boue et dans la cendre des lessives… Dites, répondez-lui, les vieilles ! Vous n’avez plus d’orgueil à votre âge, hein ?… Vous n’avez plus à vous soigner pour personne, j’espère ?… Vite, dépêchez, si vous avez quelque dernier ouvrage à terminer, avant qu’on ne vous enferme… Ah ! la mort !… Sais-tu, toi, ce que c’est que cette épouvante, cette petite crispation quotidienne : la peur de mourir avant d’avoir atteint le but de toute une vieillesse ?… Ce frisson de tous les soirs au lit, en soufflant la bougie : « Demain, il sera seul, peut-être… » et le soupir du matin : « Dieu merci, encore un jour !… » Cette espèce de souffle froid à la nuque qui vous suit partout, et vous fait presser le pas, de porte en porte… Non, je n’ai pas le temps de m’attarder à de jolis petits scrupules, et des minauderies… Je te montre mon cœur à nu maintenant, petite ?… Mais plus de pudeur, non plus ! Comprends-tu cette sauvage, farouche idée, que rien ne saurait éteindre : le sauver !… bâcler son bonheur… et puis, vite, m’enfuir dans les ténèbres !… Me comprends-tu maintenant ? Je ferai tout ce qu’il faudra faire… Je te prends telle que tu es ; je n’ai pas le temps de te souhaiter meilleure !… Et quand tu serais mille fois pire, que m’importerait encore, s’il devait trouver en toi son bonheur… Et si c’est inique et fou, tant pis ! J’en