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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/213

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MARTHE, (éperdue, se laisse tomber sur le canapé.)

Oh ! Madame ! Madame !


GRAND’MÈRE.

Je sais tout !… Il n’y a pas longtemps, Marthe… Je n’eus d’abord que quelques soupçons… Je furetai un peu plus par-ci par-là… les doutes s’accrurent, et c’est très peu de jours avant notre départ que je parvins à la certitude que quelque chose d’irréparable s’était passé dans ma maison… Alors j’ai voulu, non te chasser (de quel droit ? tu étais libre… aucun lien ne nous attachait, et tu pouvais faire de ta liberté, l’usage qu’il te convenait…) non pas te chasser, mais te prier de ne plus remonter là-haut… Alors, je me suis penchée attentivement sur le cœur de mon petit-fils, j’ai bien, bien écouté, sans qu’il s’en doutât… et j’y ai entendu battre si fidèlement et si tranquillement son espoir !… La force m’a manqué… Je refoulai en moi toute ma souffrance et mon humiliation… et je suis partie d’abord… voilà. Si j’ai continué à t’aimer, ou si je t’ai mal supportée, tu n’as pas à le savoir. Ce qui s’est passé en moi-même, quoi que ce fût, oui, ce qu’un vieillard, qu’effraie la grande hâte des jours, est arrivé à penser dans sa solitude, tu n’as pas à le savoir… tu n’es pas mère — si tu es femme !… Ah ! j’ai si