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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/169

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DANIEL.

Ah ! le grand crime naturel ! la vie vole la vie ! J’ai au moins, moi, la pauvre consolation de me dire que je ne dois ma vie à la misère de personne… C’est toujours ça ! Non, décidément, je ne t’en veux pas…


MAXIME.

Je te remercie. Tu es magnanime.


DANIEL.

Seulement, pas d’injures… Vous exigez trop… Je suis un de vos produits, l’on ne m’a pas donné ma part de vie. Et mieux, le peu qui m’en reste, c’est vous encore qui me le prenez… oui, reste là, bouche bée… Mais tu ne vois donc pas que je meurs ici, que cette atmosphère m’absorbe ! Cette vie qui pousse bruyante et lourde à mes côtés, souriante comme toi, propre avec ses manchettes de nickel et ses cols de cuivre, elle m’étouffe, te dis-je… elle me prend mon souffle. Et j’ai la sensation qu’un peu de la vie qui sort de moi s’en va, canalisée goutte par goutte, alimenter cette vie artificielle qui pousse là !…


MARTHE.

Voyons, Daniel, ne vous agitez pas ainsi… pour l’amour de Dieu.