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Page:Bastiat - Proudhon - Interet et principal, Garnier, 1850.djvu/99

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par le travail), je n’entends pas attribuer une merveilleuse vertu politique à l’argent.

Vous suivrai-je, monsieur, en Palestine, à Athènes, à Lacédémone ? Vraiment, cela n’est pas nécessaire. Un mot seulement sur le non fœnaberis de Moïse.

J’admire la dévotion qui a saisi certains socialistes (avec lesquels je ne vous confonds pas), depuis qu’ils ont découvert, à l’appui de leur thèse, quelques textes dans l’ancien et le nouveau Testament, les conciles et les pères de l’Église. Je me permettrai de leur adresser cette question : Entendent-ils nous donner ces autorités comme infaillibles en matière de science et d’économie sociale ?

Certes, ils n’iront pas jusqu’à me répondre : Nous tenons pour infaillibles les textes qui nous conviennent, et pour faillibles ceux qui ne nous conviennent pas. — Quand on invoque les livres sacrés, à ce titre, et comme dépositaire de la volonté indiscutable de Dieu, il faut tout prendre, sous peine de jouer une puérile comédie. Eh bien ! sans parler d’une multitude de sentences de l’ancien Testament, qui ne peuvent, sans danger, être prises au pied de la lettre, il y a, dans l’Évangile, d’autres textes que le fameux mutuum date, dont ils veulent déduire la gratuité du crédit, entre autres ceux-ci :

« Heureux ceux qui pleurent.

» Heureux ceux qui souffrent.

» Il y aura toujours des pauvres parmi vous.

» Rendez à César ce qui appartient à César.

» Obéissez aux puissances.

» Ne vous préoccupez pas du lendemain.

» Faites comme le lys, qui de file ni ne tisse.

» Faites comme l’oiseau, qui ne laboure [ni ne sème.

» Si on vous frappe sur la joue gaucho, tendez encore la joue droite.

» Si on vous vole votre manteau, donnez encore votre robe. »

Que diraient messieurs les socialistes si nous fondions sur un de ces textes la politique et l’économie sociale ?

Il est permis de croire que lorsque le fondateur du christianisme a dit à ses disciples : Mutuum date, il a entendu