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à Athènes, à Rome, partout, dans l’antiquité comme de nos jours, ce furent les hommes libres, les patriciens, les bourgeois, qui prirent l’usure sous leur protection, et exploitèrent, par le capital, la plèbe et les affranchis.

Le christianisme parut alors, et, après quatre siècles de combats, commença l’abolition de l’esclavage. C’est à cette époque qu’il faut placer la grande généralisation du prêt à intérêt sous la forme du bail à ferme et à loyer.

J’ai dit plus haut que, dans l’antiquité, le propriétaire foncier, lorsqu’il ne faisait pas valoir par lui-même et par sa famille, comme cela avait lieu chez les Romains, dans les premiers temps de la République, exploitait par ses esclaves : telle fut généralement la pratique des maisons patriciennes. Alors le sol et l’esclavage étaient enchaînés l’un à l’autre ; le colon était dit adscriptus glebœ, attaché à la glèbe : la propriété de l’homme et de la chose était indivise. Le prix d’une métairie était à la fois en raison 1° de la superficie et de la qualité du sol, 2° de la quantité du bétail, 3° du nombre des esclaves.

Quand l’émancipation de l’esclave fut proclamée, le propriétaire perdit l’homme et garda la terre ; absolument comme aujourd’hui, en affranchissant les noirs, nous réservons au maître la propriété du sol et du matériel. Pourtant, au point de vue de l’antique jurisprudence, comme du droit naturel et chrétien, l’homme, né pour le travail, ne peut se passer d’instruments de travail ; le principe de l’émancipation impliquait une loi agraire qui en fût la garantie et la sanction : sans cela, cette prétendue émancipation n’était qu’un acte d’odieuse cruauté, une infâme hypocrisie. Et si, d’après Moïse, l’intérêt ou l’annuité du capital rembourse le capital, ne pouvait-on dire que le servage rembourse la propriété ?… Les théologiens et les légistes du temps ne le comprirent pas. Par une contradiction inexplicable, et qui dure encore, ils continuèrent à déblatérer contre l’usure, mais ils donnèrent l’absolution au fermage et au loyer.

Il résulta de la que l’esclave émancipé, et, quelques siècles plus tard, le serf affranchi, sans moyens d’existence, dut se faire fermier, et payer tribut. Le maître ne s’en