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Que si elle en paye l’intérêt, elle ne peut les prêter sans intérêt ;

Que si elle les prête à A, B, C, D, gratis, après les leur avoir pris de force, sous forme de contribution, il n’y a rien de changé dans le monde, si ce n’est une oppression de plus ;

Et enfin que, dans aucune hypothèse, même en réduisant toutes les transactions à des ventes, vous ne détruisez pas cette rémunération du capital, toujours confondue avec le prix de vente.

Il résulte de là que si votre Banque n’est qu’une fabrique de papier-monnaie, elle amènera la désorganisation sociale.

Que si, au contraire, elle est établie sur les bases de la justice, de la prudence et de la raison, elle ne fera rien que ne puisse faire mieux qu’elle la liberté des Banques.

Est-ce à dire, monsieur, qu’il n’y ait rien de vrai, selon moi, dans les idées que vous soutenez ? En m’expliquant à cet égard, je vais faire un mouvement vers vous. Puisse-t-il vous déterminer à en faire un vers moi, ou plutôt vers la vraie solution : la liberté des Banques.

Mais, pour être compris, j’ai besoin, au risque de me répéter, d’établir quelques notions fondamentales sur le crédit.

Le Temps est précieux. Time is money, disent les Anglais. Le Temps, c’est l’étoffe dont la vie est faite, dit le Bonhomme Richard.

C’est de cette vérité incontestable que se déduit la notion et la pratique de l’Intérêt.

Car faire crédit, c’est accorder du temps.

Sacrifier du temps à autrui, c’est lui sacrifier une chose précieuse, et il n’est pas possible de soutenir qu’en affaires un tel sacrifice doive être gratuit.

A dit à B : Consacrez cette semaine à faire pour moi un chapeau ; je l’emploierai à faire pour vous des souliers. — Souliers et chapeau se valent, répond B ; j’accepte.

Un instant après, B, s’étant ravisé, dit à A : J’ai réfléchi que le temps m’est précieux ; je désire me consacrer à moi-même cette semaine et les suivantes ; ainsi, faites-moi les