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a imaginé quelque chose de plus grand que l’espace, de plus durable que le temps. Il n’y a pas d’infini qui égale l’infini de l’usure locative, de cette usure qui dépasse autant la perpétuité de la rente, que la perpétuité de la rente elle-même dépasse le remboursement à terme ou au comptant. L’emprunteur à intérêt et courte échéance, paye, paye encore, paye toujours ; et il ne jouit point de ce qu’il paye ; il n’en a que la vue, il n’en possède que l’ombre. N’est-ce pas à cette image de l’usurier que le théologien a imaginé son Dieu, ce Dieu atroce, qui fait éternellement payer le pécheur, et qui jamais ne lui fait remise de sa dette ? Toujours, jamais ! Voilà le Dieu du catholicisme, voilà l’usurier !…

Eh bien, je dis que tout échange de produits et de capitaux peut s’effectuer au comptant ;

Qu’en conséquence, l’escompte du banquier doit se réduire aux frais de bureaux et à l’indemnité du métal improductivement engagé dans la monnaie ;

Partant, que tout intérêt, loyer, fermage ou rente, n’est qu’un déni de remboursement, un vol à l’égard de l’emprunteur ou locataire, la cause première de toutes les misères et subversions de la société.

Je vous ai prouvé, en dernier lieu, par l’exemple de la Banque de France, que c’était chose facile et pratique d’organiser l’égalité dans l’échange, soit la circulation gratuite des capitaux et des produits. Vous n’avez voulu voir dans ce fait catégorique et décisif, qu’un cas particulier de monopole, étranger à la théorie de l’Intérêt. Que me fait, répondez-vous avec nonchalance, la Banque de France et son privilége ? Je vous parle de l’intérêt des capitaux. — Comme si, le crédit foncier et commercial étant organisé partout sur le pied de 1/2 p. 100, il pouvait exister quelque part encore un intérêt !…

Je vais vous montrer à présent, à la façon des teneurs de livres, que ce solde particulier, qui vient se placer constamment entre les deux termes de l’échange, ce péage imposé à la circulation, ce droit établi sur la conversion des pro-