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Page:Bastiat - Proudhon - Interet et principal, Garnier, 1850.djvu/126

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est zéro, et que, par ce motif, sa rémunération doit être zéro.

En vérité, je ne sais pas ce que vous entendez par ce mot : Capital ; car vous en donnez, dans votre lettre, deux définitions toutes différentes.

D’un côté, le Capital d’une nation, ce serait le numéraire qu’elle possède. C’est de cette donnée que vous partez pour prouver que le taux de l’intérêt, en France, est de 160 pour 100. Vous calculez ainsi : La somme du numéraire est de un milliard. On paye pour les intérêts de toutes les dettes hypothécaires, chirographaires, commanditaires et publiques 1, 600 millions. Donc le Capital se fait payer au taux de 160 pour 100.

Il résulte de là qu’à vos yeux Capital et numéraire c’est une seule et même chose.

Partant de cette donnée, je trouve votre évaluation de l’intérêt bien modérée. Vous eussiez dû dire que le Capital prélève encore quelque chose sur le prix de tout produit, et vous seriez arrivé ainsi à estimer l’intérêt à 4 ou 500 pour 100.

Mais voici qu’après avoir raisonné de la sorte sur cette singulière définition du Capital, vous la renversez vous-même en ces termes :

« Le Capital ne se distingue pas du produit. Ces deux termes ne désignent point, en réalité, deux choses distinctes ; ils ne désignent que des relations. Produit, c’est Capital ; Capital, c’est Produit. »

Voici une base autrement large que celle du numéraire. Si le Capital est le produit ou l’ensemble des produits (terres, maisons, marchandises, argent, etc.), assurément le Capital national est de plus d’un milliard, et votre évaluation du taux de l’intérêt est un non-sens.

Convaincu que tout ce débat repose sur la notion de Capital, souffrez que, au risque de vous ennuyer, je dise ce que j’en pense, non par voie de définition, mais par voie de description.

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