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L’AIRE NEUVE.


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ARGUMENT.


L’aire neuve est par excellence la fête de l’agriculture. Lorsque la surface de l’aire n’est plus unie, et que les cailloux et les crevasses défendent au rouleau qui doit y recueillir le blé de glisser aisément, le laboureur fait publier une aire neuve. La veille du jour indiqué, quelques heures avant minuit, on voit des charrettes, chargées de terre glaise et de barriques d’eau, se diriger en silence vers son habitation, et chercher derrière les arbres une position telle, qu’elles puissent, au coup de minuit, s’élancer dans l’aire, et gagner des rubans qui sont destinés aux premiers rendus.

Dès que l’aurore se lève, chaque cultivateur vient, à tour de rôle, déposer sur l’aire la terre dont sa charrette est pleine ; puis ou y verse de l’eau, et l’on fait galoper en cercle, parmi le mortier que produit ce mélange, des chevaux dont les crins sont ornés de rubans aux couleurs éclatantes. Il est des cantons où l’on dresse une table au centre de l’aire ; sur cette table on place un fauteuil ; on enlève la plus belle jeune fille de l’assemblée ; on l’y fait asseoir, et on ne la délivre que sur la promesse de quelque gracieuse rançon.

Huit jours après, quand l’aire, suffisamment foulée par les pieds des chevaux, est séchée, on y danse pour l’aplanir, et la fête recommence. Quelquefois des jeunes filles, portant sur la tête des vases remplis de lait ou de fleurs, ouvrent ces danses par une ronde ; puis le biniou sonne, la bombarde y mène ses notes plus sonores, et les chaînes des danseurs ne tardent pas à se mouvoir. Ces chaînes s’allongent insensiblement, se déploient, se croisent au gré des instruments, s’enlacent, se replient sur elles-mêmes, se fuient, reviennent, se fuient encore, se déroulent et s’élancent avec une mesure parfaite.

Vers le soir, on se rend, au son de la musique, dans le verger