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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/89

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DRAMES

L’ensemble de la physionomie faisait horreur. Ce fut en cet état que le maître du bouge, qui cumulait en même temps les fonctions de barbier, inquiet de ne pas le voir venir prendre ses rares repas, le trouva. Le misérable n’était pas tout à fait inconscient ; en entendant l’exclamation d’horreur du barbier qu’il reconnut, le sang lui afflua au cerveau, et il devint si rouge tout à coup, que le barbier en prit frayeur et courant en bas, en marmotant : « C’est une attaque d’apoplexie ; il faut que je le saigne. » Oe barbier était parfois aussi docteur, pratiquant pour les besoins du bouge ; mais en revenant avec sa lancette et de l’aide, il constata que le malheureux avait été foudroyé, et qu’il était mort.

Vers le même temps, décédait à William Henry (Sorel) notre saint prêtre, à l’âge de 80 ans, entouré du respect général et pleuré de tous. Ses restes reposent dans l’église de Sorel.

Qui sait si, auprès du Dieu miséricordieux, cette sainte âme ne mérita pas le pardon de celle du misérable à qui il avait dit : « Fuyez malheureux… évitez l’échafaud !… puissiez-vous vous repentir ! »

Il avait échappé à l’ignominie méritée du gibet. Qui sait si le repentir ne vint pas, au dernier moment, lors de sa terrible agonie, réalisant ainsi, en entier, le vœu charitable du ministre de Dieu !…

En tout cas, il était mort privé de ressources ; sa carcasse fut enterrée dans un champ, et le digne aubergiste — barbier et docteur — s’étant dit, qu’après tout, il aurait tort de ne pas se faire rembourser les dépenses qu’il avait encourues, dévoila pour quelques deniers le lieu où il avait déposé ces ignobles restes, à une école de médecine ; si la science n’était pas alors un vain mot, elle a dû dévoiler au porteur du scalpel que le sujet avait dû être un scélérat de la pire volée…


NOTES DE L’AUTEUR.


J’ai écrit ces pages, en peu de jours, pour chasser les idées noires, après ma destitution par le gouvernement de Québec.

Le roman à mon sens, doit avoir un but moral et utile.

Par mon récit, j’ai voulu surtout, montrer le prêtre canadien tel qu’il a été, tel qu’il est et tel qu’il doit être.

Et, sans la maudite politique dont je n’ai pas parlé, pour ne pas jeter de sinistres lueurs, ma photographie du prêtre canadien serait bonne pour un et pour tous.

Mon roman est, en outre, pour ainsi dire historique

En me relisant, je constate que j’ai laissé courir ma plume et que mon travail tient plutôt de la chronique rétrospective ou du genre mémoire que du roman.

Dans ce que j’ai raconté, il y a sans doute des inexactitudes : — ça n’est pas de l’histoire, mais du roman, que je livre au public, mais le fond est vrai. Je me suis appuyé en procédant ainsi, sur ce que le juge Routhier a écrit et que voici au sujet

« Du Roman »

Le roman est très à la mode, et il y a un grand nombre de personnes qui ne lisent pas autre chose. Que dis-je ? Elles y font leur éducation.