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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/87

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la réconfortèrent ; mais ce qui la troublait profondément, et elle ne put pas s’empêcher de le déclarer hautement, c’était l’imprudence qu’elle avait commise, en gardant si soigneusement dans la cassette dont nous avons parlée, les écrits du misérable assassin de son mari, imprudence qui avait amené les inexplicables tourments éprouvés par son mari et les épouvantables choses qui en étaient résultées.

Elle n’en put dire davantage, les sanglots l’étouffèrent. Tous cependant furent satisfaits du résultat de l’épreuve que l’on redoutait et que l’on avait si fort raison de redouter, et il fut résolu qu’on partirait la lendemain, si le temps était convenable, pour retourner au domicile de Julie, et prier tous ensemble sur la tombe de son malheureux époux.

Quelle réponse à ceux qui prétendent que la moralité religieuse est un vain mot ! Dieu dans le malheur est et doit être pour tous les esprits sensés, les âmes bien faites, le refuge suprême, et on s’en trouve toujours bien !

Le temps étant favorable, bien que moins beau que les jours précédents, on mit à la voile, et en moins de deux jours de vent favorable, la distance entre Québec et la paroisse de ***, résidence de notre héroïne, était franchie.

Nous ne décrirons pas les émotions de la jeune femme à son arrivée à la maison vide de celui qu’elle avait aimé sincèrement, et dont elle avait été la femme également aimée, mais méconnue par suite de l’une de ces aberrations humaines, dont hélas ! on voit tant de pénibles exemples. On habita de suite la maison tous ensemble, afin de distraire notre héroïne. Le lendemain, l’excellent prêtre de l’endroit dit la messe à l’intention du défunt, à laquelle nombre de personnes assistèrent recueillies, Julie, le même jour, fit allumer un cierge à l’église, et il en fut ainsi tous les matins durant au moins une année, et, disons-le de suite à sa louange, il se passa peu de jours durant l’année où elle n’allât pas prier, soit sur la tombe couverte de fleurs et entretenue par elle durant la belle saison, soit à l’église.

Le Grand-Vicaire passa quatre jours, se reposant au presbytère en la compagnie de son confrère, puis le vieillard, après de touchants adieux et de l’expression mutuelle d’un au-revoir, prit bravement la diligence, au moyen de laquelle il se rendit, pour ainsi dire, tout d’un trait à Sorel, ne voulant et ne pouvant pas rester plus longtemps séparé de ses chers paroissiens, ces derniers étant convenus durant son absence d’aller entendre la messe le dimanche, qui à Berthier, qui à l’Île du Pads, qui à Yamaska, suivant leur convenance.

XXVII

Il s’écoula ainsi une année de triste mélancolie pour la jeune veuve, mais, disons-le aussi, non dépourvue de consolations, l’amitié dont elle était entourée étant un baume souverain aux meurtrissures du cœur.

Et puis le temps s’écoule vite.

Durant la deuxième année de son veuvage, Julie fut fort recherchée. Sa jeunesse, sa beauté, sa richesse, rendaient un plus long veuvage guère possible.

Et, en ce bas monde, toutes les blessures se cicatrisent !