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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/59

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l’assassin de mon cher mari, était le Docteur…… Et elle s’évanouit, sans prononcer le nom.

Le jeune médecin qui avait tout suivi, s’identifiant pour ainsi dire avec sa de plus en plus intéressante malade, fut soudainement frappé d’une inspiration ; l’éclairant sur l’état moral de Julie ; mais sans dire un mot, il s’empressa de lui donner les premiers soins ; on manda Mathilde et Julie fut transportée dans son lit, déshabillée, et le médecin prescrivit un repos absolu jusqu’à nouvel ordre.

Le vieillard en entendant ce mot de Docteur… puis en voyant l’évanouissement répété de Julie à ce mot, devint on ne peut plus perplexe, mais fortement trempé au moral comme au physique, philosophe religieux, en même temps qu’esprit cultivé, sans ajouter trop de foi aux rêves, il croyait au rapport des esprits sur cette terre, mais il croyait davantage à l’union des âmes et aux communications entre elles, soit au moment où elles s’émancipent de leur enveloppe pour comparaître devant l’Éternel, soit lorsqu’elles ont subi leur dernière destinée en présence et sur l’ordre du maître absolu, et du juge supérieur de toutes choses en ce monde et en l’autre.

Cette croyance mystique est partagée par nombre de personnes, et nombre d’exemples sont cités à son appui.

Lady Dufferin, par exemple, raconte que lors de ses voyages au Nord-Ouest, une de ses filles de chambre, toute affolée, lui redit un matin, un affreux rêve de la nuit précédente. Elle avait vu son fiancé se noyant, et il était alors à une distance si éloignée, que la pauvre fille n’avait pu et ne pouvait communiquer avec lui qu’après plusieurs jours, n’y ayant aucune communication télégraphique ou par chemin de fer. Quel ne fût pas l’étonnement de Lady Dufferin et la douleur de la pauvre fille, lorsque, quelques jours après, parvint le récit, cette fois réel, de la triste fin du fiancé de cette dernière, qui avait péri absolument de la manière qu’elle l’avait vu dans son rêve et qu’elle l’avait raconté à sa maîtresse.

Fréchette, notre poète lauréat, a raconté il y a environ deux ans, dans les colonnes de La Patrie, une aventure analogue de son ami Leduc — et l’auteur de cette véridique histoire a alors fait à notre poète national le récit de ce qui lui était arrivé à lui-même, il y a près de trente ans.

Durant un court sommeil, après un déjeuner de noce, à Montréal, entre deux et trois heures de l’après-midi, il avait rêvé que deux de ses employés, Moisan et Laforge, s’étaient noyés à Sorel, et il raconta aussitôt l’affreux rêve aux membres de la famille, sans toutefois y attacher d’importance, sauf la douloureuse sensation qu’il en éprouvait. Quelle ne fut pas sa stupeur, lorsque, le lendemain matin, il rencontra à Montréal, un ami venant de Sorel, qui lui apprit l’affreux malheur révélé la veille, durant son sommeil !

Et quel est celui d’entre nous, qui n’a pas eu, par suite de la malice des hommes, des jours où le fardeau de la vie était si lourd qu’il était à peine supportable !… Et quand le passé a été rude, le présent difficile, et l’avenir incertain, à qui s’adresser ? où tourner ses regards avec espoir, sinon vers le ciel.

N’est-il pas naturel de croire qu’alors il puisse y avoir et qu’il y ait communication d’âmes par la volonté de Celui qui les a créées toutes pour vivre éternellement. Ainsi n’est-il pas naturel de croire que les âmes de ceux qui nous étaient si chères sur cette terre, envolées au ciel ; par-une permission divine, peuvent communiquer avec les vivants ?