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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/54

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— C’est Isaac J…… Mais il ne put prononcer le dernier mot, la mort étant venue…… L’éternité intervenait.

Le noble vieillard faisait l’impossible pour se contenir, mais il pleurait intérieurement, pendant que Julie et Mathilde, qui jusqu’alors avaient gardé leur sang-froid, sanglotaient………

Et le père Antoine, affolé, était parti sans rien dire pour avertir la femme de l’infortuné Marcoux, ce qu’il fit, on le prévoit, avec si peu de précautions oratoires, que la pauvre femme tomba comme inanimée ; de sorte, que le bonhomme revint, avec la mine d’un fou, rendre compte au curé de sa nouvelle bêtise. Ce dernier s’empressa, sans mot dire, de se rendre auprès de la malheureuse femme, tout en écartant le père Antoine, et procurant aux dame une aide efficace dans la personne du père Marcel…… un brave canayen accouru au presbytère.

En arrivant chez la pauvre veuve Marcoux, notre bon curé vit un spectacle à fendre l’âme…… la mère évanouie et le fils criant vengeance et cherchant une arme pour, disait-il, tuer les menrtriers de son père !…… oui…… disait l’adolescent exaspéré, à peine âgé de quinze ans et seul enfant de Marcoux, je tuerai Jones…… et tous les meurtriers de mon père…… je le veux je le jure !……

— Johnny, dit le prêtre, en s’adressant au pauvre enfant avec autorité…… calme-toi, je te l’ordonne, au nom de Dieu que je représente et de l’âme de ton père qui est au ciel, j’en suis sûr ! Sauvons ta mère…… et le vieillard, qui était grand et vigoureux, enleva le jeune homme qu’il déposa au pied de la chaise longue dans laquelle la mère s’était jetée évanouie…… À genoux, mon enfant, à genoux et prions Dieu !…… L’enfant se soumit avec respect.

L’Être Suprême entendit et exauça la prière du vieillard et de l’enfant, car peu à peu la mère reprit ses sens, reconnut le prêtre ainsi que son fils, tous deux encore à genoux, et elle pleura…… les larmes font du bien à l’âme et au corps, il faut le croire, car la pauvre femme fut comme subitement soulagé et lorsque le prêtre lui dit : — Courage ma chère sœur…… comptez sur Dieu et sur moi…… et bénissez votre fils qui renonce à la vengeance qu’il voulait exercer, comptant sur la justice de Dieu……

La pauvre mère se leva tout d’un trait, enlaça son fils, l’embrassa tendrement et se jetant aux pieds du prêtre : Bénissez moi mon père…… dit-elle avec ferveur et héroïsme. Ses larmes se séchèrent et elle dit stoïquement : Viens, mon fils, allons chercher le corps de ton pauvre père !……

— Non, dit le Curé…… Il n’en sera pas ainsi. Vous me rendrez heureux, ajouta-t-il, autant qu’on peut l’être en ce moment, en venant avec moi, ainsi que Johnny, de suite au presbytère. Ma Julie y est avec Mathilde ; elles, vous consoleront et vous, resterez chez moi jusqu’à ce que les derniers devoirs soient rendus à mon pauvre ami Marcoux ensuite nous aviserons. Le saint homme prit le bras de la pauvre femme, qui avait peine à se tenir debout et, accompagné de Johnny, on se rendit au presbytère. Va sans dire que Julie et Mathilde accueillirent la malheureuse veuve comme une sœur.

On ne lui permit pas de voir de suite le cadavre, vu l’ordre du curé qui remit l’entrevue au lendemain. Le fils resta sous la surveillance du père Marcel et la veuve sous les soins de Julie et de Mathilde, pendant que le curé se rendait en toute hâte à la place d’armes, où avait lieu la vo-