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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/44

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Voici la liste des maisons renversées, démolies par la glace :

Maison de J. B. Bérard, voisine de la magnifique maison de M. le capitaine Morasse, défoncée ;

Maison de Damase Latraverse, renversée et reculée à plus de soixante pieds, hangars et remises écroulés ;

Maison de Ad. Lavallée, renversée ;

Maison de Pierre Ethier, renversée, ainsi que bâtiments, granges, hangars et remises ;

Maison de Michel Péloquin, complètement écrasée. Cette maison était depuis quelques temps habitée par M. J. H. Houde, propriétaire de l’hôtel Ste-Anne, qui y avait transporté une partie de ses meubles, les y croyant plus en sûreté qu’à l’hôtel même, menacée d’une destruction complète.

M. Houde, voyant la glace monter la côte, s’était empressé de jeter sa femme et ses enfants dans une chaloupe, et, à peine était-il sorti de la maison, poussant devant lui cette embarcation, que sa maison s’écroulait, était aplatie par une immense banquise. Une minute plus tard et ç’en était fait de lui-même et de sa famille.

Maison de John Hayden, servant de maison d’école de la paroisse, renversée sens dessus dessous et emportée à plus de cent pieds ;

Maison Napoléon Salvail, renversée ;

Maison Maurice Salvail, écroulée ;

Les maisons de MM. Maurice Latraverse, Joseph Millette, Dolphis Millette, écroulées et reculées de plusieurs pieds, ainsi que hangars, remises, etc ;

La fromagerie de Ste-Anne a aussi été renversée.

Quant à l’hôtel Ste-Anne que l’on croyait perdu irrémédiablement, il est resté solide sur ses bases, et il n’a subi aucun dommages sérieux.

La glace s’est amoncelée tout autour, à une hauteur de trente à quarante pieds, et il semble maintenant défier les énormes banquises qui montent la côte et viennent se heurter sur ce puissent rampart que lui ont fait les glaces.

La grange, l’écurie et les remises de l’hôtel ont cependant été démolies.

Une grande partie de la population de Ste-Anne, femmes et enfants, s’est réfugiée à l’église et à la sacristie, ainsi qu’au presbytère et dans les maisons épargnées par les glaces ou l’eau.

Tous sont l’objet des plus grands soins de la part de ceux chez qui ils logent, et notamment du vénérable curé de la paroisse, M. le chanoine F. X. Jeannotte, que cette scène nâvrante affecte on ne peut plus.

Un bon nombre de familles qui ont des parents à Sorel sont arrivées hier et ce matin, et il en arrive encore.

Hier MM. J. A. Chênevert, A. P. Vanasse, M. le Dr J. F. E. Latravere, Charles Lord et quelques autres citoyens se sont rendus sur le théâtre du sinistre et ont prodigué des consolations aux victimes de l’inondation et de la débâcle.

À leur retour M. Chênevert a eu une entrevue avec M. le maire C. O. Paradis ; à la suite de laquelle M. le maire a fait voter, par le conseil de ville, une certaine somme pour acheter des vivres à ces infortunés, qui, malgré le bon vouloir et le dévouement de ceux chez qui ils se sont réfugiés, manquent probablement de provisions.