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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/42

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Le même soir, M. Chênevert recevait d’Ottawa la dépêche que voici :

“ Ottawa, 18 avril 1896.

J. A. Chênevert, Sorel.

“ Affligé par mauvaises nouvelles de Ste-Anne. M. Howden autorisé d’employer bateaux pour sauver personnes, bestiaux et autres propriétés. Montrez-lui dépêche.

(Signé),                J. Ald. Oiumet.

Dans le même temps, M. Howden, surintendant du hâvre, recevait aussi une dépêche d’Ottawa, lui disant de préparer un bateau, et d’aller porter secours à tous ceux que l’inondation ou les glaces menaçaient d’un danger plus ou moins grand, ce qu’il s’empressa de faire.

Il mit à la disposition de M. Chênevert et de quelques autres citoyens, le John Pratt, et, à 2 heures de l’après-midi, dimanche : ce bateau conduit par M. Howden, prit, à toute vapeur, sa course vers Ste-Anne et les îles.

Il faisait un temps superbe et, n’eût été la hauteur extraordinaire de l’eau, n’eût été aussi le danger dans lequel se trouvaient les habitants de cette partie si belle de notre province, le voyage aurait été aussi agréable qu’un voyage de plaisir.

Mais qui aurait pu sourire à la vue de ces maisons à demi recouvertes par le torrent, de ces habitations inondées, de ces animaux, chevaux, bêtes à cornes, etc., qu’il était devenu presque impossible de sauver, de secourir ?

Hélas ! ici, notre plume semble hésiter à continuer. Tant de pertes ont, sous nos yeux, été consommées, tant de familles ont été éprouvées ! !

Le John Pratt arriva sur l’île de Grâce, où les habitants étaient le plus exposés. — Il y avait là de 6 à 10 pieds d’eau, partout sur l’île, et plusieurs families se trouvaient dans l’impossibilité de se sauver, incapables qu’elles étaient de se procurer des embarcations.

C’est donc avec une joie impossible à décrire que ces pauvres inondés virent arriver le bateau sauveteur et les gens dévoués qu’il contenait, parmi lesquels on nous permettra de mentionner, outre MM. Howden et Chênevert, MM. Ls Lacouture, M. P. P., Nap. Latraverse, James Hunter, Albert et René Beauchemin, John Hayden, l’équipage du Pratt : MM. Nap, Beaudoin, Horm. Houle, J. B. Houde, Art. Chrétien, La Laforêt, F. X. Jonbert, et quelques autres.

Tous se mirent aussitôt à l’œuvre et l’on s’empressa, de sauver les personnes d’abord, les animaux, articles de ménage, grains et provisions ensuite. Et tout ce monde, ces animaux, ces articles étaient à l’eau et menacés d’une ruine certaine.

Le premier sauvetage opéré par MM. Chênevert et Hunter fut celui de Mmes Gilbert Bérard, Louis Lavallée, Louis Letendre, Paul Lavallée et Pierre Lavallée, avec leurs douze enfants en bas âge, dix-sept personnes en tout ; quelques uns pouvaient encore s’escalader un peu, d’autres, la plupart, ne le pouvaient plus et étaient dans l’eau.

Les souffrances, les douleurs de ces gens, de ces femmes et de ces jeunes enfants, obligés de rester plongés ainsi dans l’eau, sont choses plus faciles à imaginer qu’à décrire.

Mettre tout ce monde-là dans les chaloupes et les amener à bord du John Pratt furent l’affaire d’une heure seulement.