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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/27

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« La requête des soussignés, membres du comité de secours, établi en la ville de Sorel, pour venir en aide aux victimes de l’inondation, —

« A l’honneur d’exposer à Votre Excellence qu’il est d’usage consacré par de nombreux précédents et justifié par l’esprit de notre constitution que les calamités publiques dont le soulagement n’est pas à la portée des secours individuels soient secouru par l’État, et que le désastre qui vient de fondre sur la population de Sorel et de ses environs est de ce genre.

« Que les citoyens de la ville de Sorel et des campagnes environnantes se sont largement mis à contribution pour venir en aide aux centaines d’individus qui sont maintenant sans abri, sans pain, sans vêtements, mais que leurs contributions jointes aux secours qui sont attendus de Montréal, sont tout au plus suffisantes pour pourvoir aux besoins temporaires et pressants des affligés qui ne peuvent compter que sur la munificence du gouvernement pour relever leurs constructions détruites, se procurer les semailles qu’ils ont perdues et remettre leurs terres en état d’exploitation.

« Qu’un état des pertes éprouvées par les victimes de l’inondation qui habitent la paroisse de Sorel et les Îles, qui sont dans les limites, a été dressé, sous la surveillance de vos suppliants, et que le montant de ces pertes, telles qu’évaluées par eux, s’élèvent à 79 816,00 $.

« Et cet état est ci-joint.

« Que vos suppliants ne veulent point soutenir la cause des malheureux dont ils se sont fait les protecteurs, par des considérations alarmantes ; cependant, ils doivent à la vérité de dire, que si de prompts secours ne leur sont point accordés pour mettre leurs terres en culture ce printemps, une population de plus de cent cinquante familles émigrera aux États-Unis, et demandera au sol étranger le pain que n’aura pu leur fournir le soi natal dévasté par une calamité que leur propre pays n’aura pu secourir.

« Que dans ces circonstances, tout émouvantes qu’elles soient, ce n’est cependant pas tant à la sympathie que doit inspirer à Votre Excellence et à ses ministres, le spectacle d’une population décimée par la mort de plus de 30 personnes dans les flots, qui ont fait un désert d’une campagne florissante, qu’à la raison d’état, que vos suppliants s’adressent pour demander au nom des malheureux dont ils ont épousé la cause, la protection et les secours dont ils les croient dignes.

« C’est pourquoi ils prient Votre Excellence, siégeant en conseil, de prendre leur supplique en favorable considération. Et ils ne cesseront de prier.

(Signé) H. Millier, Ptre, T. J. J. Loranger, C. L. Armstrong, J. F. Sincennes, L. U. Turcotte, G. I. Barthe, J. B. Lavallée, S. Drolet, L. P. P. Cardin, J. B. Guévremont, D. M. Armstrong. »


Avec cette requête se trouvait un état détaillé des pertes. Continuation de la liste des cadavres trouvés depuis le 21 jusqu’à ce 27 avril 1866.

Paroisse de Sorel dans l’île de Grace

20. Philomène Lavallée, âgée de 18 ans, fille d’Ignace, cultivateur.

21. Edwige Lavallée, âgée de 42 ans, épouse de Pierre Ethier.

22. Marie Cournoyer, âgée de 37 ans, fille de Claude Cournoyer.

23. Adolphe Péloquin, âgé de 4 ans, fils de Paul Péloquin.