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Page:Barthe - Drames de la vie réelle, 1896.djvu/12

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pièce mettant ainsi à couvert notre responsabilité littéraire, puisque l’éditeur, au besoin, pourrait certifier que nous lui livrons l’original :

 « Le jour, je ne vois que Julie ;
« Elle m’occupe encor la nuit.
« Tout est plaisir près de Julie ;
« Loin d’elle l’ennui me poursuit.

« Ce n’est enfin que chez Julie
« Que je trouve le vrai bonheur.
« Toujours, toujours, toujours Julie
« Est le mot d’ordre de mon cœur.

« Avant de connaître Julie
« L’amour pour moi n’était qu’un jeu,
« Mais à chaque instant pour Julie
« Mon cœur brûle d’un nouveau feu,

« Un charmant coup d’œil de Julie
« Ne peut qu’en augmenter l’ardeur.
« Toujours, toujours, toujours Julie
« Est le mot d’ordre de mon cœur.

Et quelques jours après, le vieux fou, ne recevant pas de réponse, eut la hardiesse de remettre à Julie un billet que les amoureux qualifient de billet doux, accompagné d’un médaillon en or… un cupidon, s’il vous plaît !

Voici cette autre insanité…

« J’ose espérer que vous ne rejetterez pas ce léger souvenir d’un homme qui vous adore et qui n’aspire qu’au moment de vous prouver d’une manière plus sensible, l’amour que vos charmes ont glissé dans son cœur. Hélas ! Que ne m’est-il permis de lire dans l’avenir ! Ah ! si je pouvais du moins, sans témérité et sans blesser votre délicatesse, porter mes regards dans les replis secrets de votre pensée ! Aurai-je le bonheur d’y découvrir quelque faveur, quelques inclinations à mon égard ? J’ai en moi le sentiment intime, quoique peu fondé, que vous daignerez, au moins, me faire parvenir de ces paroles si douces, si expressives dont j’ai ressenti dernièrement l’influence. »

Le lecteur patient, se rappelle, peut-être, que nous avons constaté que notre amie tante Sophie, éblouie de la beauté de notre héroïne, — avait cependant remarqué, entre autres choses, que tout en n’étant pas dépourvue d’intelligence, elle ne paraissait pas brillante sous ce rapport, c’est-à-dire, nous devons l’admettre au nom de tante Sophie, qu’elle n’était pas espiègle à la façon des jeunes filles ou femmes de dix-sept à vingt ans.

En effet, si Julie eût été espiègle à l’égal ou selon le cœur de tante Sophie, ou, pour dire vrai, si elle eût eu son expérience, notre héroïne aurait répondu par le quatrain suivant :

Éteins ce lyrisme,
C’est mauvais, pour les vieux,
Et tu feras bien mieux,
Bien mieux,
Bien mieux,
D’soigner ton rhumatisme !