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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/51

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Mérilhou avait aussi sa place dans cette pléiade de jeunes gens qui se préparaient par les luttes du barreau au rôle politique qu’ils devaient jouer un jour : il avait été magistrat, et l’opinion publique lui tenait compte du libéralisme de son langage. Orateur sans éclat et sans facilité, on peut dire de ses succès et de sa position au barreau qu’il les devait à son caractère et à l’estime qu’il inspirait plutôt qu’à son talent : aussi la chute a-t-elle été aussi lourde que subite, lorsque le caractère politique s’est démenti et lorsque certains désordres privés sont venus jeter quelque ombre sur sa moralité. On ne peut dire qu’il y ait une grande pruderie en France : on y pardonne beaucoup aux hommes qui sont exposés aux regards du public, mais c’est à la condition que les faiblesses humaines soient recouvertes d’un certain vernis.

La personnalité originale de Dupin tranchait sur son caractère : scolaste par goût, par nature, pour ainsi dire, sa vocation le portait vers le professorat, et ses premiers efforts furent dirigés vers une chaire de droit à Paris. Les concours sont si intelligents qu’il se vit préférer des hommes qui n’avaient pas la centième partie de son érudition et surtout de son esprit, un des plus vifs, des plus prompts qui aient jamais brillé dans le monde des affaires. Brusque, inculte dans ses manières, sa laideur même, comme celle de Mirabeau, s’harmonisait avec son esprit et lui venait en aide ; inépuisable dans sa verve, personne n’a jamais eu la répartie plus vive et n’a enfoncé le trait plus avant. Travailleur infatigable et avec ordre, il avait beaucoup amassé avant d’entrer dans la lutte, et cela lui a assuré de grands avantages sur ses émules moins bien préparés.

Cependant on peut dire que, chez lui, il y avait plus d’esprit que de philosophie, plus de raison que d’élévation, plus de recherche de l’effet et du succès que