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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/48

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dépassé l’âge de la majorité ; j’espérais pouvoir profiter longtemps encore des leçons et de l’expérience de mon patron et préparer ainsi de loin la transition qui devait faire passer son cabinet de ses mains expérimentées dans les miennes. Les événements en décidèrent autrement.

L’année 1814, on le sait, vit la chute de l’empire, et la position de M. Mailhe ne fut plus la même. La première restauration se montrait plus empressée de récompenser les vieux dévouements de ses anciens serviteurs, que de persécuter ceux qui avaient figuré dans les gouvernements précédents elle affectait même, sur ce point, une assez sage impartialité. Cependant, lorsque la liste des avocats au conseil d’État fut présentée à M. le chancelier Damhray et qu’il vit le nom de M. Mailhe, il n’hésita pas à déclarer qu’il ne consentirait jamais à ce que le rapporteur du funeste procès de Louis XVI figurât parmi les avocats aux conseils du roi. Ces avocats, dans l’ancienne monarchie, étaient reputés les commensaux du roi et faisaient en quelque sorte partie de sa maison. Aucune considération politique ne put surmonter les scrupules du vieux chancelier, et alors M. Mailhe dut présenter un successeur. Malheureusement je n’avais pas atteint l’âge de 25 ans requis par les règlements et il n’y avait pas d’exemple que des dispenses d’âge eussent été accordées pour ces sortes de fonctions néanmoins, comme la circonstance était toute particulière et qu’on voulait surtout éviter un éclat, je fus agréé moyennant des lettres de dispense d’âge qui me furent accordées exceptionnellement.

Je devins donc titulaire de la charge d’avocat aux conseils du roi mais, comme bien on le pense, M. Mailhe restait toujours dans la réalité le directeur de son cabinet. Il était d’ailleurs demeuré avocat à la Cour de cassation, car à cette époque les deux titres