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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/29

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mation radicale. C’est une thèse qu’il avait soutenue plusieurs fois dans le cours de sa vie, non-seulement par la plume ou par la parole, mais par son exemple et personne ne pouvait avoir oublié avec quelle passion généreuse il avait, quelques années auparavant, pris la défense d’une femme, qu’un abus de la procédure criminelle avait amenée à se déclarer coupable, et dont l’innocence venait d’être reconnue. Grâce à lui, une souscription fut ouverte, à laquelle contribuèrent des hommes de tous les partis, et qui suffit pour garantir de la misère cette victime d’une erreur judiciaire.

Peu de temps avant la chute de l’Empire, une tentative s’était faite pour rendre à ce gouvernement le caractère parlementaire, et M. Odilon Barrot, fidèle à sa politique, avait été d’avis qu’il fallait encourager cette entreprise. En conséquence, il lui fut offert d’être ministre de la justice dans le nouveau cabinet, ou procureur général près la Cour de cassation. Il ne pouvait accepter ni l’une ni l’autre de ces propositions mais il consentit à présider la commission de décentralisation qui se formait alors. C’était, pour lui, une occasion inespérée de faire prévaloir les opinions de toute sa vie, et il s’y dévoua tout entier. Il eut même à ce sujet une entrevue avec l’empereur, dont on trouvera le curieux récit dans le dernier volume de ses Mémoires. Mais, bientôt, son espérance s’évanouit le ministère parlementaire se démembra, et la France, vaincue, ruinée, mutilée, fut cruellement punie de la complaisance avec laquelle elle s’était abandonnée,