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dent les motifs d’une aussi grave résolution, il ne dissimula pas son sentiment. Mais, effrayé des conséquences que pouvait avoir une rupture ouverte entre l’Elysée et le palais Bourbon, il n’approuva pas toujours les représailles de l’Assemblée. A cette époque encore, il ne désespérait pas d’amener un rapprochement. Il a expliqué lui-même son plan, lequel consistait à obtenir un vote qui permît de réviser la Constitution afin de rendre le président rééligible et de créer une seconde chambre. Mais pour que ce vote pût réunir la majorité constitutionnelle des trois quarts il fallait s’assurer le concours d’une portion notable de la gauche, et on ne pouvait y parvenir qu’en revenant sur la loi du 31 mai. Or, la majorité qui avait fait l’année précédente la loi du 31 mai ne voulait pas la défaire, et le président lui-même avait de tout autres visées.

Ni d’un côté ni de l’autre, M. Odilon Barrot ne trouvait donc l’assentiment dont il avait besoin, et parmi ses amis les plus intimes, plusieurs lui reprochaient de proposer une combinaison qui, selon eux, tendait à livrer légalement la France à l’ambition d’un homme dont les vues ne pouvaient plus être dissimulées. C’était, disaient-ils, favoriser l’usurpation au lieu de la contrarier. Avaient-ils raison ou tort ? Je suis de ceux qui pensaient alors et qui pensent encore aujourd’hui que le succès de cette combinaison était impossible, mais M. Barrot croyait le contraire et, jusqu’à la fin de sa vie, il est resté convaincu que, plus écouté et mieux secondé, il aurait pu réussir. Quoi qu’il en soit dans le grand débat sur la révision, il fit valoir avec