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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/16

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de ville, et pour essayer de la faire reconnaître comme régente.

M. Odilon Barrot avait foi dans le gouvernement des classes moyennes, le mieux approprié, selon lui, à l’état moral de la France le plus propre à donner à notre pays la plus grande somme de liberté sans compromettre l’ordre public. Non, certes, qu’il méconnût les imperfections de ces classes ; mais il les regardait comme plus aptes que les classes aristocratiques ou les classes populaires à prendre la direction de la société où nous vivons. Ce n’est donc point sans une profonde douleur qu’il vit la chute imprévue du gouvernement fondé en 1830 et qui réalisait son idéal ; mais il n’était pas homme à sacrifier la France à une forme particulière de gouvernement et, la république proclamée, il n’hésita pas à la servir loyalement. Je siégeais a côté de lui dans l’Assemblée élue en 1848, et j’ai pu connaître alors toutes ses pensées. Il n’en était pas une qui ne fût profondément libérale et patriotique. Membre élu du comité de Constitution, on ne le vit pas, comme tant d’autres, s’abandonner au courant d’une folle démocratie et refuser à la République, par entraînement ou par calcul, les institutions dont elle avait besoin pour vivre. Loin de là, il chercha autant que possible à rapprocher les institutions républicaines de ces institutions parlementaires qu’il avait aimées et défendues sous la monarchie constitutionnelle. C’est ainsi que, dans la discussion sur les deux chambres, il prononça un discours dont l’effet fut considérable, et dans lequel il combattait victorieuse-