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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/13

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son visage, et l’homme de bien éloquent se révélait à tous les yeux. Quand il marquait ainsi d’un trait sanglant les honteuses pratiques sur lesquelles d’autres cherchaient à jeter un voile complaisant, on pouvait quelquefois le trouver sévère, on ne pouvait pas lui refuser l’admiration due à l’honnêteté qui se révolte. Il se plaisait aussi, toutes les fois que l’occasion s’en présentait, à rappeler les conditions du pacte de 1830, et ce n’est pas sans quelque amertume qu’il en signalait les déviations mais personne, plus que lui, ne méprisait la politique du tout ou rien, et pour obtenir un progrès libéral, si faible qu’il lui parût, il était toujours prêt à de grands sacrifices d’influence et de popularité. C’est ainsi qu’il prêta au premier ministère de M. Thiers un concours désintéressé, sans s’inquiéter du mécontentement d’une portion de ses amis, et que, plus tard, il n’hésita pas à se joindre sans condition à d’anciens adversaires coalisés pour faire rentrer le gouvernement dans les voies parlementaires. Notre tort n’a pas été de faire la coalition, mais de la rompre après une victoire électorale, avant qu’elle eût accompli son œuvre. Aucun de ceux qui ont pris part aux négociations de cette époque n’ignore que ce tort ne peut être imputé à M. Odilon Barrot. Il savait que, malgré son profond dévouement à la dynastie de 1830, le roi Louis-Philippe se serait cru perdu s’il avait été obligé de le prendre pour ministre et, sans s’irriter de cette injuste exclusion, il se prêta à toutes les combinaisons qui, tout en l’écartant du ministère, pouvaient assurer le