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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/65

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tournebroche actionné par un petit personnage en costume de moine. Le Frère cuisinier a négligé cette plaisante mécanique.

— À quoi bon ? dit-il, il n’y a ici que les malades qui mangent de la viande, et les Pères ne sont jamais malades. L’air est si pur !

— Mais quand vous avez des hôtes ?… réplique François. Et puis moi — et il riait de son franc rire — je ne suis pas chartreux !

Après des déboires qui les avaient atteints physiquement, les deux cadets se refaisaient dans cette bienfaisante monotonie du cloître, comme des surmenés dans une cure de repos. Quant à leur aîné, il est d’une autre essence ; il a passé ces quelques semaines dans sa chambre à se laisser glisser au plus profond de la détresse. C’est un soir d’enterrement, quand l’orphelin se retrouve seul. Sous le silence prodigieux du couvent, il est comme un malade qui, la nuit, à l’heure où les bruits de la rue se sont tus, perçoit les battements de son cœur. Des souvenirs, des idées, toujours les mêmes, lui tiennent compagnie, nets et pressants comme des fantômes, il voit la haute figure de Sion sur la colline, Sainte-Odile au milieu des bois et riche de ses prairies, Mattaincourt dans un fond, plus