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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/57

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dients des trois prêtres, voulut s’immiscer dans leurs affaires. Ils se crurent atteints dans leur honneur sacerdotal et dans leurs intérêts vitaux. L’Institut qu’ils présidaient, n’était-ce donc pas leur création ? La Vierge ne leur avait-elle pas donné des témoignages directs de sa complaisance ? Ils ne voulaient rien savoir de plus. Tout aussi bien qu’ils eussent été incapables de se dégager des conceptions qui dominaient avant Descartes et d’expliquer les problèmes de la vie autrement que par une perpétuelle intervention divine, ils étaient incapables de comprendre la prudence d’un chef ecclésiastique qui ne veut pas que de bonnes intentions deviennent un sujet de scandale. Cette grande parole que l’évêque laissa un jour échapper : « J’aimerais mieux que Léopold fût un mauvais prêtre », ils ne pouvaient pas se l’expliquer. Ils ne sentaient ni la nécessité, ni la beauté de la discipline. Sans l’avouer, sans le savoir peut-être, ils se tenaient pour des forces autochtones et rejetaient la hiérarchie. Il y a là un cas saisissant d’individualisme religieux et xénophobe. Léopold Baillard, seigneur de Flavigny, Mattaincourt, Sainte-Odile et Sion, c’est un féodal qui a conquis sa terre et qui fait tête à son suzerain. Dix ans, ils menèrent la lutte, une