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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/358

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devant soi, la baïonnette en avant. La gloire de la France et l’épopée impériale déjà resplendissaient d’un éclat nouveau. Les images d’Épinal répandaient, célébraient la fureur à l’emporte-tout de nos turcos, ces moricauds héroïques.., Soudain, on apprend Forbach, Wissembourg, Reischoffen. Et voici qu’une fois de plus, l’immense flot germain se soulève, accourt sur la Gaule, frémissant d’une joie dévastatrice. Aux champs de bataille éternels de l’Alsace, le barrage gallo-romain vient de céder. « Sauve qui peut ! Les Prussiens ! les Prussiens ! »

Sous une pluie diluvienne, c’est l’effroyable défilé de la retraite française. Nos malheureux soldats ! Après quelques heures, ils se lèvent des prairies souillées où ils se sont laissés tomber pour la nuit, et quand on a vu leurs derniers fourgons disparaître au tournant du chemin, chacun n’a plus que le temps d’enfouir au jardin ou bien de descendre au fond du puits ses couverts d’argent, quelques napoléons, de vieilles armes de famille. Maintenant la petite ville impuissante attend les Prussiens.

Il n’a guère varié, le cérémonial de leur entrée dans nos petites villes lorraines en 1870. Le plus souvent, quatre uhlans précèdent la colonne ; ils arrivent seuls à la hauteur des