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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/350

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suprême disciple qui, le dernier, posséda le dépôt d’une science divine. Quand il mourut, ce fut une lumière sacrée qui s’éteignit.

La pensée de Léopold, du vieux prêtre excommunié, bondit dans les vastes espaces. Jadis il eût voulu des cérémonies et des formules de liturgie qui fussent propres au pèlerinage, qui vinssent réveiller dans le cœur lorrain la tradition des grands jours historiques de Sion. Maintenant il remonte jusqu’au bout la perspective ouverte sur le passé : il désire de recueillir les pépites d’or que roulent mystérieusement les ruisseaux de la colline ; il s’échappe d’un vol incertain, mal guidé, à travers les siècles ; il remonte vers les autels indigètes, vers un monde inconnu qu’il ne sait pas nommer, mais qu’il aspire à pleine âme.

Les malheurs et les passions, ces fleuves de Babylone, comme les appelle l’Écriture, ont entraîné les végétations et les terres friables, tout le dessus de Léopold : rien ne reste chez ce vieil homme que le granit, les formations éternelles, les pensées essentielles d’un paysan et d’un prêtre, les souvenirs de la vieille patrie et les aspirations vers la patrie éternelle. Depuis trente ans que son christianisme est en dissolution, du fond de son être montent de vagues formes, tous les débris