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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/30

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Comment ne pas aimer les personnages qui entreprennent de rétablir une magistrature spirituelle et de raviver le surnaturel sur les cimes de leur pays ?

Et pourtant, c’est un lourd silence autour des trois frères Baillard, un double silence, celui de l’oubli naturel et celui voulu par l’Église. Vous pouvez passer et repasser à Flavigny, à Mattaincourt, à Sainte-Odile et à Sion, aucun indice ne vous dira ce qu’ils ont jeté de jeunesse, d’argent, de temps, d’activité et d’amour dans les fondations de ces bâtiments. Pourquoi leur nom n’est-il inscrit nulle part sur les pierres qu’ils ont relevées ? Pourquoi même en est-il proscrit ? Qu’est-ce que cette vapeur de soufre et cette odeur de damnation, aujourd’hui répandues sur ces trois figures qui furent un moment bénies ?

J’ai souvent interrogé sur les Baillard mon regretté ami, le chanoine Pierfitte, le savant curé de Portieux. À chaque fois il se taisait, détournait la conversation. Un jour, il s’en est expliqué en deux mots : « C’est encore trop tôt pour parler des Baillard. » Trouvait-il que l’autorité s’était montrée bien dure envers ces vieux Lorrains ? Rien ne m’assure que telle fut son opinion. Je crois plutôt qu’il distinguait le rôle du Diable dans cette affaire,