Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/272

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Pour toute réponse, le brigadier lui passa les menottes, et, s’apprêtant à monter à cheval, lui dit avec simplicité :

— En route, mon garçon.

François, tout endolori des coups qu’il avait reçus le matin, se déclara incapable de marcher.

— Il le faudra pourtant bien, répondit le brigadier exaspéré.

Et aussitôt, il dénoua la longe qui pendait à l’arçon pour attacher François par les menottes à son cheval. Puis il se mit en selle.

Dès le premier pas, le malheureux chancela et vint tomber sur la croupe de la bête qui fit tête-à-queue.

— Qu’on m’apporte une corde, hurla le brigadier, je la lui passerai au cou.

C’est alors que survint l’honnête monsieur Haye, qui, de sa voix ferme et posée s’adressant au gendarme :

— Mais, Monsieur, ce n’est pas ainsi que l’on traite le monde. Vous voyez bien que monsieur l’abbé a de la peine à se tenir droit.

— Eh bien ! qu’y faire ? repartit l’autre, un peu honteux d’avoir été surpris en colère par un homme si raisonnable. Je n’ai pas de voiture. Voulez-vous lui en payer une ?