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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/260

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que rien de bon ne pouvait venir aujourd’hui des messieurs Baillard. Et comme elles demandaient à rester cette nuit au couvent, la Supérieure les regardant avec autorité leur dit :

— Ce n’est pas ici une auberge.

Puis, après cette dure parole, et comme si elle eût deviné quelque profond désir de Thérèse, elle ajouta. :

— On entre ici pour toujours ou jamais.

Les sœurs baissèrent la tête avec une humilité vraie. Sans rien répondre, elles se retirèrent. Il leur sembla que la porte mettait un temps infini à se refermer derrière elles.

Et maintenant, où trouver un abri ? Elles entrèrent dans la cathédrale et se mirent à prier, et toutes deux, à mesure que le soir tombait, sentaient leur âme remplie d’effroi. À leur sortie, c’était tout à fait la nuit. Un agent de police voyant ces deux minces formes noires, suivies d’une bête, qui battaient toutes les portes, s’approcha. Ô surprise ! À la lueur d’un quinquet, ils se reconnurent. C’était un ancien frère de Sion, qui avait partagé la prospérité des Baillard et qui s’émut de la détresse des deux religieuses. Il leur indiqua une mauvaise auberge, où elles furent réduites à coucher sur un matelas, par