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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/255

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CHAPITRE XII


OÙ THÉRÈSE SE PERD DANS L’OMBRE


Huit jours passèrent. Huit jours sans que l’on vît au dehors personne des Baillard. Ils se terraient dans la petite maison de la veuve compatissante. Des bandes venaient, de dix lieues à la ronde, chaque jour, après le travail, les y relancer. C’était alors un charivari, pareil celui que l’on fait, le soir de leurs noces, aux veuves qui se remarient, un tam-tam assourdissant, des cris, des huées, de grands éclats de joie, un vacarme d’arrosoirs, de casseroles et de tonneaux, sur lesquels on frappait comme sur des tambours. Puis soudain, tout le tapage s’arrêtait, et Alfred Séguin, juché sur une barrique, entonnait, à la manière d’un charlatan, et d’un tel gosier qu’on pouvait l’entendre d’un bout à l’autre du village,