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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/243

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vent soufflait-il avec rage, multipliant les ravages d’une pluie battante qui dura tout le jour. Ils n’y voulurent voir qu’une faveur spéciale de la Providence qui empêchait les curieux effrontés de venir espionner le déménagement. Tout ce jour de fête, les dévotes ne cessèrent d’aller et venir de la cave au grenier, et de répartir les richesses de la congrégation chez les dévoués de Saxon. Les objets les plus précieux, les papiers de Léopold, les vêtements sacerdotaux, les objets du culte et la grosse truie du couvent furent confiés à l’un des meilleurs fidèles, à M. Mathieu, qui allait louer sa maison à la petite congrégation. Une sorte d’enthousiasme religieux planait sur ces soins misérables. Et Léopold remarqua, avec le douloureux sourire de l’homme qui sait et que n’étonnent pas les apprêts de son martyre, que tous ses fidèles avaient coupé des rameaux pour activer les attelages, en sorte que, sur les onze heures, il descendit entre les palmes sur une charrette conduite par un âne et chargée de meubles, de paillasses, de tonneaux, de pommes de terre, de betteraves, de bois de chauffage, de planches vieilles et neuves. Du haut de cet entassement, il regardait l’ânon qui pliait dans les brancards, il regardait ses frères,