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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/212

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leurs reflets dorés les rayonnements qui précèdent l’aurore. La vie ne m’a jamais montré de grâces comparables à tout ce que mon cœur croyait appartenir aux vierges de Sion ! Hélas ! le premier soir de mon arrivée, est-ce l’empire de cette poétique croyance qui m’a fait trouver Sion-Saxon si sombre et si lugubre ? Je regrettais la beauté du nom de Sion ainsi attaché comme une moquerie à ce pays perdu pour tout ce qui est de bon accueil. Et malgré moi, je me répétais : Non, oh ! non, tu n’es pas Sion. Comme nous entrions dans ce village, j’aperçus à leurs portes et à leurs vitrages cette partie de la race humaine qui fait souvent à elle seule le charme, l’animation et l’attrait d’un pays. Presque tout occupé de notre véhicule qui semblait lui-même effrayé des efforts qu’il fallait faire pour avancer dans la seule voie ouverte aux charrettes, aux voitures, aux troupeaux de brebis, de chèvres et de pourceaux, je me disais plus fort que jamais encore : Oh ! non, tu n’es pas Sion. Mais victoire, mes sœurs ! La lumière s’est faite dans ma pensée. Ici enfin, je vois les filles de Sion dont parle l’Écriture. C’est Saxon qui est dure, sale, brutale, grossière ; ce sont les femmes et les filles de Saxon, ce sont les habitants de Saxon qui