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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/182

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l’éternelle poésie d’une sentinelle avancée de Rome. C’est un légionnaire au milieu des Celtes.

Là-haut, les Baillard et leurs fidèles préparent la résistance. Leur premier soin est d’organiser, dans le réfectoire du couvent, une chapelle à l’imitation de celle où Vintras officie à Tilly. Ils étendent sur le plancher tous les tapis dont ils disposent, recouvrent d’un damas rouge bordé de soie jaune l’autel construit en bois sans pierre consacrée. Aux portes du tabernacle, ils suspendent quatre cœurs en vermeil renfermant des hosties miraculeuses. Une girandole à trois branches éclaire ce curieux oratoire. Et Vintras leur envoie un linge odoriférant, qui avait servi à essuyer la coupe de son premier sacrifice. Les Pontifes y abritèrent pieusement les reliques de saint Gerbold, qu’ils placèrent sur le tabernacle. Et l’ensemble faisait le plus bel effet.

Appuyée sur cette arche sainte, la congrégation défiait les assauts de l’étranger. Chacun de ses membres éprouvait cette impression excitante et gaie qui accompagne les débuts d’une action militaire. Les anciens règlements ne valent plus ; c’est une vie de guerre et d’aventures qui commence.