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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/109

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de courir le monde, comme elles avaient coutume pour leurs quêtes, et privées en même temps des soins mystiques de leur chef, ces colombes paysannes gémissent dans leur cage de Sion. Tandis que les frères Hubert et Martin, bonnes bêtes de somme, se demandent simplement ce que l’on deviendra demain, l’inquiétude des sœurs s’en va bien au delà. Les rêves de Léopold les ont éveillées à d’autres sensations qu’à la vie machinale du village, et cette maison sans maître, ce couvent sans directeur, ce travail et ce repos sans âme les accablent.

François et Quirin sont loin de pouvoir suppléer auprès d’elles Léopold. Platement, ils se plaignent d’avoir à tenir la paroisse, au lieu et place de leur aîné, quand ils auraient pu gagner beaucoup d’argent par la découverte des sources selon la méthode de l’abbé Paramelle. Ils pestent d’ajourner l’exploitation de la baguette magique, parce que Léopold, maintenant, imagine de s’intéresser à un visionnaire.

Les jours passaient, l’absent ne donnait aucun signe de vie. Enfin une longue lettre arriva. C’était le soir, dans le grand jardin, l’heure où les sœurs et les frères versaient les derniers arrosoirs sur les carrés de légumes.