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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/65

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poésie », et qui s’expliquent ainsi par des moyens humains, sans « exiger à toute force l’intervention d’un principe supérieur[1] ». Il loua Hoffmann d’avoir découvert à la limite des choses visibles et sur la lisière de l’univers réel un coin mystérieux et jusque-là inaperçu, dans lequel il nous a appris à discerner « tout un revers imprévu des perspectives naturelles et des destinées humaines auxquelles nous étions le plus accoutumés ». C’est, en effet, à ce coin obscur et insondable, qui irrite depuis plus d’un siècle notre curiosité, qui n’est peut-être rien et qui est peut-être immense, qu’Hoffmann a dû sa popularité en France. Nous l’aimons dans ses « meilleurs contes » seulement, lorsqu’il est le Voyant et l’aède de ce qu’il appelait déjà le monde des forces psychiques. Il aura été le premier poète de ce trouble univers qu’habitent, à tout le moins, les illusions et les hallucinations. On ne demande plus comme lui la clef du royaume à une bouteille, mais on la demande toujours à des phénomènes pathologiques, et les nouveaux procédés ne paraissent pas moins dangereux que le sien pour la santé et la sérénité d’âme des curieux de l’à-côté. C’est à leur imprudente lignée qu’il faut transmettre et recommander le mot dans lequel Hoffmann résumait ses vues sur le monde et la vie : « Le diable fourre sa queue partout. »

  1. L’article est de 1830.