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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/53

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envolé, nous abandonnant à notre tour dans ce qu’on a appelé la prison du Cosmos.

L’humanité s’est lassée bien vite de son cachot. Les savants nous ont fait un univers trop bien réglé. Leur monde devient pédant à force d’être incapable de manquer aux formules imprimées dans les manuels. On voudrait le prendre en flagrant délit d’infraction aux principes, convaincre la mécanique ou la physique de fantaisie, et le fantastique raffiné de notre siècle, celui qu’Hoffmann a créé et qu’Edgar Poe a porté après lui à une si grande hauteur, est alors une joie pour l’imagination en révolte. Il ressemble peu aux inventions ingénues de nos pères. Il ouvre au lecteur des mondes imaginaires, mais non pas monstrueux, où personne n’est dispensé d’obéir aux lois de la nature : la nature s’est seulement mise en frais de lois spéciales. Ce n’est plus le désordre et l’illogisme, comme dans le royaume du merveilleux, c’est un autre ordre et une logique particulière ; tel le mathématicien s’amuse à raisonner sur l’espace à quatre dimensions. L’éducation scientifique que nous possédons d’aventure contribue à notre plaisir, loin de nous gêner et de nous troubler. Sans elle, nous n’aurions pas la jouissance un peu perverse de reconnaître où le ressort a été faussé, quel rouage est changé ou supprimé, en quoi ce monde qui marche si bien est absurde ou impossible. Les enfants et les simples, qui aiment tant les contes de fées, ont en général peu de goût pour Poe et Hoffmann.