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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/368

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Il est inutile d’en chercher d’autres ; celle-là suffit, et elle absout Gérard de Nerval de l’ignominie de sa mort. Je relève cette pensée dans le carnet trouvé sur son cadavre avec la suite du Rêve : « Tout est dans la fin. » L’homme qui pense ainsi ne va pas se pendre rue de la Vieille-Lanterne, ou bien il ne sait plus ce qu’il fait.

Le drame eut pour épilogue la lettre que voici : « (Paris, le 13 mars 1855.) Le docteur Labrunie, père de Gérard (Labrunie) de Nerval, autorise MM. Théophile Gautier et Arsène Houssaye à faire poser immédiatement le marbre destiné au tombeau de son fils. » Le père abandonnait son fils jusque dans la mort.

Nous arrêterons ici ces études. Dans cette dernière, comme dans les précédentes, nous avons vu des dons littéraires très brillants s’allier à des altérations profondes de l’intelligence. Mais il y a lieu de remarquer que le cas de Gérard de Nerval est différent de celui d’Edgar Poe ; d’Hoffmann et de Thomas de Quincey. Ceux-ci ont tué leur génie. Aucun d’eux n’a donné ce qu’il aurait pu donner s’il n’avait pas lentement et progressivement amoindri sa vitalité et empoisonné son intelligence par l’alcool, le vin ou l’opium. Leur névrose a pu être, dans une certaine mesure, la conséquence de leurs merveilleuses facultés ; elle n’en a été ni l’origine ni le principe. Gérard de Nerval, au contraire, prédestiné à la folie dès sa naissance, semble avoir dû à son malheur les parties supérieures de son talent, le petit coin de génie qu’on ne saurait lui refuser. Il n’a été vraiment poète que dans les heures où il n’était pas tout à fait sain d’esprit, où il écrivait sous la dictée de son frère mystique. Avec lui se soulève, plus déconcertante et plus irritante qu’avec nul autre, cette redoutable question, si souvent posée et jamais résolue, des rapports du génie avec