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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/353

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n’y croiront plus quand ils verront vos dix-sept ans et votre frais sourire. Mais je bavarde, je bavarde ; adieu, mignonne, encore adieu. — Pardon, madame[1]. »

Il ne lui suffisait pas de donner du pain à ces pauvres gens : il tenait à leur donner aussi de la poésie. C’est peut-être une idée de fou, mais elle est bien jolie.

D’autres lettres sont pénibles à lire : À M. Perrot, chef du bureau des théâtres, au ministère de l’intérieur : « … J’ai écrit avant-hier à M. Cavé. Je lui ai dit qu’une somme de 300 francs pourrait me suffire pour traverser l’hiver ; s’il était possible d’obtenir 125 francs par mois, de décembre à mars, cela suffirait absolument à ma dépense et me permettrait de faire tranquillement quelque ouvrage dont je trouverais ensuite les produits[2]… » N’insistons pas ; ce sont les rançons de la vie de bohème.

Pas plus que ses lettres familières, ses articles ne trahissaient le désordre d’une portion de son cerveau. Il n’avait jamais été plus abondant, ni aussi goûté du public ; revues et journaux lui étaient grands ouverts, et il y semait à pleines mains les fragments qui ont été se grouper sous divers titres dans les éditions de ses œuvres[3]. Un seul volume, dans cette gracieuse floraison, se rattache directement aux préoccupations

  1. La Petite Presse, 26 octobre 1866. La Petite Presse l’avait elle-même empruntée au Sport.
  2. Le Livre moderne, 10 septembre 1891. La lettre n’est datée que par le timbre de la poste : 20 novembre 1851. La suite du texte indique que Gérard de Nerval venait d’être malade.
  3. Voyage en Orient (1851) ; les Illuminés (1852) ; Petits Châteaux de Bohême (1852) ; Lorely (1853) ; les Filles du Feu (1854) ; la Bohème galante (1855), etc. Les livres de Gérard de Nerval ont été remaniés ou fondus ensemble au fur et à mesure des réimpressions.