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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/321

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« Le roman-feuilleton des journaux n’était pas inventé. Le théâtre était donc le seul balcon d’où le poète pût se montrer à la foule. » Gérard de Nerval subit l’entraînement universel et fut un dramaturge d’autant de souplesse que de fécondité. Il fit de la comédie, des livrets d’opéra, des drames historiques ou sociaux, une Diablerie en vers imitée du moyen âge, et peut-être encore toutes sortes d’autres pièces appartenant à toutes sortes d’autres genres[1] : comment le savoir, puisqu’il les perdait à mesure ? Il les lisait à ses amis, qui en admiraient « la puissance », ou « l’esprit », et puis il les mettait dans ses grandes poches avec le reste de sa bibliothèque et les traînait en visite, en voyage, chez les directeurs de théâtres, dans les bouibouis des boulevards extérieurs et dans les carrières de Montmartre ou de Clignancourt, jusqu’à ce qu’elles eussent disparu inexplicablement. Il n’y eut de sauvé que des débris : six pages de la Diablerie, une vingtaine de Nicolas Flamel ; ou bien des œuvres pour lesquelles Gérard de Nerval avait eu des collaborateurs qui veillaient sur les manuscrits, et la postérité ne s’est pas trouvée beaucoup plus avancée dans un cas que dans l’autre : personne ne sait plus quelle est la part qui revenait à Méry et à Bernard Lopez dans le drame-légende de l’Imagier de Harlem[2], ou aux frères Cogniard dans Pruneau de Tours, vaudeville joué et imprimé sous leur nom (1850) en vertu de mœurs littéraires qui sont de tous les temps, comme la faim et la soif. Un jour de gêne, Gérard de Nerval avait vendu le manuscrit de Pruneau de Tours à un agent

  1. Il existe dans ses papiers (Fonds Arsène Houssaye) le début de quelque chose qui a tout l’air d’une imitation des tragédies de Racine.
  2. Joué à la Porte-Saint-Martin le 27 décembre 1851 ; la pièce tomba.