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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/313

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flottait pêle-mêle avec ses tresses de cheveux noirs ». Elle aimait alors les courses folles avec des cris joyeux et chantait les vieilles chansons des aïeules : Dessous le rosier blanc, — La belle se promène, ou encore, Quand Biron voulut danser. » Gérard l’emmenait boire du lait à la ferme, où on lui disait : — « Qu’elle est jolie ton amoureuse, petit Parisien ! »

Sylvie avait grandi. Ses bras et son teint avaient blanchi, ses mains de dentellière s’étaient délicatement allongées, et elle écoutait Gérard lui réciter des passages de la Nouvelle Héloïse ; mais elle était encore simple et gaie. Un jour qu’ils étaient allés manger une omelette au lard chez une vieille tante à elle, ils découvrirent dans un tiroir de la chambre haute les habits de noce de la bonne femme et de son défunt et s’amusèrent à les revêtir. Les pastels de l’oncle et de la tante à vingt ans les regardaient faire, avec leurs figures de braves gens : « Mais finissez-en ! Vous ne savez donc pas agrafer une robe ? » me disait Sylvie. Et Gérard pensait : — « Ô jeunesse, ô vieillesse saintes ! — qui donc eût songé à ternir la pureté d’un premier amour dans ce sanctuaire des souvenirs fidèles ? » Ils descendirent l’escalier en se tenant par la main, et la tante poussa un cri : — « Ô mes enfants ! dit-elle. Et elle se mit à pleurer, puis sourit à travers ses larmes. » La bonne vieille retrouva dans sa mémoire les chants alternés qui avaient retenti à son repas nuptial, et elle leur apprit à en accompagner l’omelette au lard : « Nous répétions ces strophes si simplement rythmées, avec les hiatus et les assonances du temps ; amoureuses et fleuries comme le cantique de l’Ecclésiaste ; — nous étions l’époux et l’épouse pour tout un beau matin d’été. »

Encore quelques années, et Sylvie était devenue une demoiselle. Elle portait les modes de la ville, chantait